« Seul, on va plus vite. Ensemble, on va plus loin. » Proverbe africain

 

« – Allez courage, encore 20 patientes. Tu fais ça pour les malgaches. » Je suis tellement épuisée que je n’arrive plus à réfléchir. Et la pile de carnets qui continue de s’agrandir. – « Je suis avec toi, on fait ça ensemble, on est une équipe non? » m’encourage Adhelia, ma sage femme. La tête tourne, la chaleur me pèse, il n’y a pas d’air dans ce dispensaire de brousse. On a du fermer les volets pour avoir de la pénombre pour l’échographie. Adhelia s’agite autour de moi: « Un coca! Dr fait un malaise! » Je suis allongée sur le sol poussiéreux, mes collègues sont penchées autour de moi.

La pause tant attendue

Elles ont un sourire bienveillant aux lèvres, des mots rassurants et une énergie débordante. Mais comment font-elles pour avoir une énergie pareille? On est parties à l’aurore ce matin, on a traversé la brousse, on a été secouées dans notre camion, on a travaillé dans une salle sans air, sans lumière, on a réfléchi, examiné et rassuré 20 femmes. Et on n’a rien mangé et rien bu depuis l’aube. Mais toute l’équipe semble complètement indemne, en pleine forme. Est-ce moi qui suis une petite nature et mes collègues des sur-femmes? Ou alors est-ce propre à notre constitution d’occidentale?

 

Tous les jours, je vois ce peuple résister à la chaleur, à la faim, à la saleté, aux maladies, aux infections, aux violences. Et ils se tiennent debout devant moi, comme si de rien n’était. Une petite fille de 13 ans, violée par son oncle, se tient muette dans notre salle de consultation avec sa mère. Elle ne bronche pas, elle écoute attentivement tout ce qu’on lui dit et elle effectue ses gestes avec une totale maîtrise d’elle même. Une jeune femme de 20 ans qui tient son nouveau né sur sa hanche droite et s’avance avec grâce et timidité vers nous. Elle est parée d’un magnifique lamba (=pagne). Je la regarde avec admiration. Et puis, quand elle se dévêt, on découvre une gigantesque infection qui a dévoré tout son sein gauche. Mais elle ne laisse rien transparaître, pas une once de douleur, pas une once d’émotions. Une femme mûre rongée par un cancer et affaiblie par une anémie sévère accompagne sa petite soeur pour qu’on s’assure qu’elle n’est pas malade comme elle.

 

Adhelia et moi: « Paré! »

Quand je compare ces femmes d’ici à chez nous, je me dis que vraiment il en faut beaucoup pour les atteindre, tant psychologiquement que physiquement. Je suis subjuguée par leur capacité d’adaptation et leur force de résistance. Alors, je bois mon coca d’une traite, je me redresse et je me tourne vers Adhelia: « Paré! (=Prête) »

 

La prochaine femme qui entre souffre d’un saignement vaginal persistant. Elle est inquiète. Je l’examine. Un utérus myomateux. Ses conjonctives sont très pâles. Adhelia se tourne vers la femme et lui explique qu’elle a besoin d’être opérée. La femme semble désespérée, elle a 5 enfants à nourrir, seule. Son mari l’a quittée. Elle n’a pas été travailler aux champs depuis 1 semaine car elle était trop faible. Toutes ses maigres économies ont été dépensées dans un petit capok de riz pour sa famille.

 

Alors aujourd’hui, grâce à vous chers amis lecteurs de mon blog, en particulier grâce à certains d’entre vous qui ont souhaité contribuer au sort de ces femmes, nous allons pouvoir la prendre en charge. Nous allons pouvoir la ramener dans notre camion, lui offrir un lit pour se reposer, de la nourriture pour lui redonner des forces et surtout une chirurgie qui va la sauver. Adhelia lui explique alors que nous allons la soigner, gratuitement. Je ne comprends pas ce qu’elle lui dit mais je vois le regard de cette femme s’illuminer. Ses yeux qui étaient alors assombris par la peur pétillent de bonheur et d’espoir. Elle va être opérée, elle va survivre. Elle va pouvoir retourner aux champs, s’occuper de sa famille, voir ses enfants grandir et vivre.

Je suis assise dans ce dispensaire sale, sombre, étouffant. Je suis faible, j’ai chaud, j’ai faim, je suis fatiguée. Et pourtant une vague de chaleur, un sentiment de bien être m’envahit. Je suis heureuse. Heureuse de voir toutes ces femmes que nous allons pouvoir sauver. Ce que nous faisons ici, comme dit Adhelia, c’est un travail d’équipe. Grâce à mes collègues qui me donnent la force de me battre et qui travaillent à mes côtés, grâce à Adhelia, grâce à Dr Josea, grâce à la clinique St Damien. Mais aussi grâce à vous lecteurs, amis, famille, grâce à votre soutien, à vos like, à vos chaleureux commentaires et aussi grâce à vos généreux dons.

 

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Consultation gynécologique en brousse

6 réflexions sur “Consultation gynécologique en brousse

  1. Superbe ton nouveau texte. Oui, nous sommes différentes, nous, les occidentaux à force d’avoir vécu dans un cocon. Mais les histoires de ton vécu quotidien au travers de ce blog nous font réaliser la chance qu’on a de manger, d’être éduquées, de se faire soigner …Cela relativise ce que l’on prend pour de gros problèmes et nous donne envie de faire quelque chose pour elles…

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