« Le véritable voyage ne consiste pas à voir de nouveaux paysages mais à avoir de nouveaux yeux »

Ca y est je suis arrivée à Ambanja, ma ville pour les 3 prochains mois. Ville de 40 000 habitants, quand je suis arrivée, j’ai cru qu’on était encore dans sa banlieue. Il n’y a pas de route goudronnée. Les commerces sont des petites baraques en bois pour les plus riches, une planche avec un toit en tissu pour la majorité. Sur les étalages , on trouve des bananes, des pains frits et des recharges de carte prepaid pour téléphoner. Les femmes sont vêtues d’un pagne coloré et marchent en tong. Leurs jambes recouvertes de terre et de poussière paraissent aussi blanches que les miennes.


L’hôpital est tout à fait à l’image de mon imagination. D’abord quand tu entres dans l’enceinte, il y a des gens partout. Ca déambule, ça crie, ça rigole. Des sœurs à l’entrée contrôlent les nouveaux arrivants. Des gens sont couchés par terre sur des paillasses et attendent patiemment leur tour. Ici il n’y a pas de salle d’attente. On attend par terre, avec les siens. On embarque toute la famille, on emmène de quoi cuisiner et on s’installe dans la cour de l’hôpital. C’est une vraie expédition de venir à l’hôpital, une sortie familiale.


L’hôpital a été créé par un prêtre italien, père Stefano qui habite ici depuis 30ans. Il a créé l’hôpital et un orphelinat où il habite avec ses 63 enfants. Ils ont entre 5 mois et 15 ans. Il m’a invité à diner ce soir. Je suis arrivée acclamée par des dizaines de bambins qui criaient « Alexia-regarde. Alexia bonjour! » On a dîné autour de grandes tables recouvertes de nappes en plastique. C’était un vrai capharnaüm. Le père Stefano hurlait pour se faire entendre. Les enfants se levaient , couraient, venaient regarder ce que j’avais dans mon assiette, goûtaient. Là je me suis dit, vraiment ils vont être comme ça pendant tout le dîner ? Il est où le prêtre et sa prière avant de dîner pour remercier le pain plutôt que de faire des batailles de nourriture ?
C’est là que le père Stefano m’a regardé et a dit: « vous comprenez Alexia, je pense qu’il ne faut pas leur donner de limites. Il faut les obliger à aller à l’école, c’est vrai. Mais c’est tout. Apres ils font ce qu’ils veulent. Je leur offre un toit, de quoi se nourrir et beaucoup d’amour. Et vous voyez ils sont heureux. Les grands aident les plus jeunes. Chacun est assigné à la vaisselle une fois par semaine. Et personne ne se dispute. Tout le monde s’aime. On vit en harmonie à 64 habitants sous un même toit ».
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Et là j’ai regardé la salle à manger d’un autre œil. Je n’ai plus vu tous ses enfants assis, debout, qui mangent avec les doigts, qui mangent par terre, qui ont décidé qu’ils n’avaient plus faim puis qui viennent dérober la nourriture de leur voisin en faisant des grimaces. J’ai retiré mes œillères et j’ai vu une autre scène. J’ai vu une jeune fille de 13 ans nourrir un petit garçon de 3 ans. J’ai vu 2 garçons de 6 ans se partager le repas dans une même assiette, j’ai vu une jeune fille de 7 ans aller remplir une assiette de nourriture pour sa voisine qui n’arrivait pas à atteindre le saladier. Et j’ai vu les rires et le bonheur d’enfants insouciants qui dînent après une journée d’école, comme tous les enfants du monde. Et là je me suis dit qu’il fallait que je cesse de regarder la vie avec des aprioris, avec cette recherche continuelle du savoir vivre, de l’éducation. Cette maison avec tous ces enfants est une véritable leçon de la vie. Je crois que père Stefano a beaucoup de choses à m’apprendre. Le plus important dans la vie , ce n’est pas de savoir se tenir à table, mais d’avoir des valeurs, aimer son prochain, partager, savoir vivre en communauté. Et si le père Stefano arrive déjà à enseigner ses principes à ces enfants, il aura déjà accompli un grand travail non? Le reste c’est du bonus. Je suis ici avec des enfants qui ont été abandonnées. Ils avaient tout perdu. Plus de parents, plus de toit, plus de nourriture. Plus d’avenir… Mais ce soir j’ai vu des enfants qui riaient, mangeaient, jouaient. Ils étaient insouciants, naïfs. Ils allaient à l’école. Ils auraient un avenir. Grâce au père Stefano, grâce à sa maison des enfants…img_2099

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Un dîner à la maison des enfants

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